Dans Chili : octobre 2019, nous avons décrit la montée du mouvement, parti d’une contestation de la hausse du ticket de transport, pour s’étendre ensuite au rejet global des conditions de vies pourries pour les exploités. Ça ne vous rappelle rien ? La vague de soulèvement est internationale. Et nous sommes aussi face aux mêmes ennemis. Ici, nous parlerons des forces qui se sont opposées à l’extension de la lutte.

Dès la première semaine, le mouvement avait l’État face à lui, monstre prêt à tout pour épouvanter la population. Pour ne citer que deux sources :
• Le rapport de l’ONU (quelques extraits ici), fait état « d’actes de torture, simulacres d’exécution, viols et détentions arbitraires ».
• Celui de l’Institut national des droits humains parle de « près de 30 morts, plus de 25 000 arrestations, 3649 cas de blessure dans les hôpitaux, 405 blessures oculaires, dont 33 éborgnements, 191 cas de violence sexuelle et 45 cas de torture. » … En précisant qu’il ne s’agit que des faits qu’ils ont pu observer !
Ce niveau de répression produit son effet. Mais tout gestionnaire du maintien de l’ordre vous le dira, il faut aussi laisser une porte de sortie. Ce sera la promesse d’un référendum pour une nouvelle constitution. Le Chili l’avait déjà connu, ce balancier entre la violence bestiale de l’État pour casser la dynamique de la lutte, puis sa promesse de se réformer, de changer.
A la fin de l’ère Pinochet déjà, un référendum sur la fin de la dictature avait ouvert la porte à une « transition pacifique » d’une forme de gouvernement à une autre, toujours tenu par les mêmes, sans accroc, ni trop de vagues, sauf à l’âme de ceux qui ne voulaient pas rendre les armes.
Une guerre qu’on évite est toujours différée au bénéfice de l’adversaire, écrivait Machiavel.
Toute cette mascarade d’une nouvelle constitution, c’est du temps gagné pour les bourges. Pendant ce temps, la vie ne change pas. Les prolos baissent les armes, rentrent à la maison s’ils en ont une, et sont renvoyés à l’attente, c’est à dire la défaite quotidienne de notre classe.
Mais ici comme là bas, le marchand de sable démocratique a bien du mal a nous faire fermer les yeux sur ses artifices. Les mêmes ont les armes et tirent, les mêmes s’enrichissent, les autres n’ont plus rien. À quand le prochain round, après la démocratie ?
Tout cela est bien court, on en convient. On aurait pu parler des tentatives du mouvement de se doter d’assemblées de quartier. Ou esquisser un bilan de la grève générale – surtout une grève des secteurs stratégiques telles les mines de cuivre et surtout aussi une dépossession du mouvement, un moyen de reprendre la main pour les directions syndicales, d’orienter le mouvement vers l’impasse des négociations. Ou encore, citer le piratage de la base de données des flics, qui a rendu publiques les infos personelles et le domicile de quelques 29 000 policiers… ainsi qu’une carte interactive permettant de les situer, en réponse à la répression.
Et puis, rappeler que l’« Accord pour la paix sociale et la nouvelle Constitution », signé dès le 15 novembre, soit moins d’un mois après le début du mouvement, porte bien son nom. Car, suivant encore une fois Machiavel, qu’est ce que la paix, si ce n’est la violence en puissance, celle qui n’a pas besoin de s’exercer sinon par les effets d’une menace insidieuse ?

A ce sujet, nous vous conseillons la lecture de L’illusion démocratique au chili : la farce des plébiscites de 1988 et 2020, une traduction en Français d’un extrait d’une brochure diffusée par des camarades au Chili.