Vous avez peut-être vous aussi remarqué la violente campagne médiatico-policière contre les squats qui a déferlé début février. C’est suite à celle-ci et à ses conséquences néfastes que nous avons décidé de dire quelques mots sur cette «affaire Roland», telle qu’elle fut baptisée par la presse des bourges.

Un article de la Dépêche du midi daté du 7 février lance une campagne de propagande anti-squat en présentant le propriétaire des lieux, désigné par son prénom, Roland, comme une victime des squatteurs expulsé de chez lui. Tout est faux dans cette présentation des faits, mais peu importe (voir plus bas). L’histoire est répétée tout au long des articles quotidiens que consacre la Dépêche à cette affaire, relayée par quelques médias réacs comme RTL.
Les squatteurs sont harcelés et assiégés par des flics, des journalistes et des militants fachos mais aussi de simples quidams qui ont gobé la propagande haineuse déversée par la presse. Une sainte alliance se forme, constituée de journalistes, de flics, de politiciens, d’indics et de militants d’extrême-droite plus divers « influenceurs » (sur YouTube ou Snapchat) en mal de notoriété.
La pression est telle que, malgré les renforts et les soutiens arrivés en nombre, les occupants du squat décident de quitter la maison dès le jeudi, soit cinq jours après le début du pilonnage par la presse. Les quelques abrutis qui font le pied de grue devant le squat s’empressent de s’attribuer le mérite de ce départ : ils n’ont cependant fait que ce qu’on attendait d’eux, hurler avec les hyènes médiatiques en gros plan devant les caméras.

Plus c’est gros, plus ça passe

Onze articles en sept jours : ce n’est plus une campagne de presse, c’est un pilonnage en règle. Une attaque à l’artillerie lourde conçue pour écraser l’ennemi sous un tapis de mensonges. Le responsable de cette attaque, c’est le journal la Dépêche, autrefois radical-socialiste, puis collabo, puis, sous la direction de la famille Baylet, à l’orientation politique vaguement centriste mais en tous cas toujours du côté des possédants.
Tout part d’une maison vide, avenue de Fronton, à Toulouse. Son propriétaire, un octogénaire, a déménagé pour se rapprocher de sa femme, résidente en EHPAD, et cherche à vendre son bien. Cependant, la mairie bloque la vente pour des raisons d’urbanisme. C’est donc dans une maison totalement inoccupée depuis plusieurs années que des squatteurs s’installent au mois de septembre. Une expulsion est rapidement ordonnée par le tribunal mais le jugement accorde aux squatteurs le bénéfice de la trêve d’hiver, durant laquelle les expulsions sont bloquées.
La Dépêche fait pourtant une présentation totalement déformée de cette histoire. On a impression que les squatteurs ont mis Roland à la porte de chez lui. Il semble aussi que c’est à cause d’eux que la vente de la maison n’a pas pu se faire. Enfin la situation financière de Roland ensemble désespérée alors qu’en fait Roland est propriétaire de plusieurs autres biens immobiliers. Bref, l’idée générale est que Roland est un pauvre retraité et les squatteurs sont des profiteurs, alors que Roland est un propriétaire immobilier et que les squatteurs, eux, par contre, sont pauvres.
Mais pourquoi le journal La Dépêche est-il ainsi intervenu dans une histoire somme toute assez banale ? Il semble que la décision du gouvernement de prolonger la trêve d’hiver durant laquelle les expulsions sont impossibles ait mécontenté un certain nombre de bourgeois. Les articles de La Dépêche ne sont d’ailleurs pas isolés. Par exemple, sur BFM TV, un reportage intitulé « Squats, le grand cauchemar » a été également diffusé dans la même période. RTL a également relayé la même campagne. À chaque fois ce sont les mêmes arguments : les squatteurs sont des profiteurs et leurs victimes de pauvres gens. Le fait que les squats ne concernent que des maisons vides et inoccupées et que les propriétaires sont le plus souvent des gens plutôt aisés est totalement occulté.
Il ne faut pas se faire d’illusion. Derrière cette campagne contre la trêve d’hiver, il y a la volonté de faire passer un message clair : le droit de propriété devra être défendu même en période de crise. S’en prendre à des squatteurs opportunément présentés comme des profiteurs, c’est utiliser des arguments populistes pour permettre l’expulsion d’un maximum de gens, y compris des locataires qui ne peuvent plus payer leur loyer.

Pour plus d’infos : voir Roland, les squatteurs et les médias, article sur iaata.info.

Liste non exhaustive des articles de la dépêche consacrée à l’affaire Roland

– 9 février : Maison squattée à Toulouse : “Je veux qu’on me rende ma maison”, clame Roland 88 ans
– 10 février : Maison de l’octogénaire squattée à Toulouse : la loi anti squatt mise à l’épreuve du réel
– 10 février : Maison squattée à Toulouse : passe d’armes entre le maire Jean-Luc Moudenc et son opposition
– 11 février : Maison squattée à Toulouse : devant le domicile de Roland, 88 ans, les tensions se poursuivent
– 11 février : Roland retrouve sa maison qui avait été squatté : “le calvaire est terminé je remercie tout le monde”
– 12 février : Maison du retraité squattée : ce que disait le jugement d’expulsion
– 12 février : Maison squattée à Toulouse. Plan d’évacuation, approvisionnement, rondes… dans les coulisses de l’organisation des ex-occupants
– 13 février : Maison squattée à Toulouse : après le départ des occupants, “tout est dévasté” chez Roland
– 14 février : Maison squattée à Toulouse : des soutiens de Roland agressés par un commando
– 16 février : Roland et sa famille veulent retrouver leurs tranquillité, anti et pro squattent s’affrontent
– 16 février : Maison squattée à Toulouse : la cagnotte a presque atteint les 12 000 €
– 16 février : Maison squattée à Toulouse : des acheteurs intéressés, Roland espère vendre la maison très rapidement