Au cours de l’année dernière, l’État grec a adopté deux nouvelles lois dans le but de gérer la résistance de classe et de rendre sa force de travail plus productive et obéissante. La loi contre les manifestations a été votée l’été dernier et exige que tout rassemblement public soit déclaré. Plus récemment, une réforme de l’éducation a été adoptée, qui vise à intensifier les études et à discipliner les étudiants. La réforme prévoit d’exclure de l’enseignement supérieur les étudiants qui n’obtiennent pas une note minimale, d’expulser les étudiants qui mettent du temps à obtenir leur diplôme, d’introduire une force de police et des caméras de surveillance à l’intérieur du campus universitaire et d’interdire l’accès à toute personne ne possédant pas de carte d’étudiant.

Selon la législation grecque actuelle, l’université doit être un lieu stérile pour la formation des futurs travailleurs, toute manifestation doit être strictement contrôlée, il est illégal de rencontrer ses amis et chacun doit rentrer chez lui avant 21 heures. Quelle vie passionnante ! Cependant, les lois ne sont pas gravées dans la pierre et régner par la matraque peut entraîner l’effet inverse. Un vaste mouvement étudiant à Thessalonique a fait reculer les exécuteurs de lois. Le campus de la plus grande université grecque est réapproprié par des étudiants, des travailleurs et des chômeurs qui s’organisent contre la réforme de l’éducation, bloquant les facultés. Chaque semaine, de grandes manifestations sauvages se déroulent dans le centre de la ville. Les flics n’osent pas entrer dans l’université, laissant l’espace libre pour des rencontres dans une période d’isolement social intensifié, dans le centre d’une ville manquant de parcs adéquats ou d’autres espaces publics qui n’ont pas été commercialisés. À Athènes, une manifestation spontanée a été organisée après le tabassage d’une personne qui enfreignait le lockdown, en se reposant dans un parc. Elle a réuni des supporters de football de différentes équipes avec des militants et des jeunes du quartier et s’est heurtée aux forces de l’ordre pendant des heures.

La police ne peut pas réprimer les manifestations massives et la tentative d’expulsion violente du campus universitaire n’a fait que motiver davantage de monde. Le campus occupé est désormais le centre de discussions politiques, de groupes d’auto-formation, de foires aux livres ou tout simplement un espace où l’on peut se retrouver entre amis, jouer au football, draguer, boire une bière et écouter de la musique à la nuit tombée, sans craindre de recevoir une amende. Comme le dit un journal qui circule dans le mouvement en Grèce : “Occupons pour vivre (collectivement, subversivement, joyeusement), occupons pour bloquer (des activités éducatives, des lois, la production)”.