La vague de soulèvement en réponse à la crise de 2008, comprenant les révolutions arabes de 2011 ou le 15-M en Espagne, est retombée. Les illusions démocratiques et citoyennes pour une meilleure gestion du système capitaliste ont montré leurs limites. Ces dernières années et tout autour du monde, le prolétariat a radicalisé ses luttes, se confrontant plus directement au Capital et aux gouvernements. Le mouvement en Colombie qui a débuté le 28 avril 2021, comme ceux des Gilets-Jaunes ou du Chili, s’inscrit dans cette nouvelle vague de soulèvement [1].


Partout dans le monde, les mouvements observent et s’inspirent de ce qui se passe dans les autres pays. Ce n’est donc pas étonnant si nous retrouvons dans le mouvement en Colombie des pratiques vues au Chili, en France, aux États-Unis…
L’étincelle qui met le feu aux poudres en Colombie, c’est une réforme fiscale (avec, entre autres, une hausse de la TVA de 5 à 19 % sur les biens de base). Les blocages commencent. La grève consiste moins à ne pas aller travailler qu’à tout bloquer activement. Ainsi, blocages de rues et barrages routiers parsèment l’ensemble du pays : la majorité des axes routiers sont coupés.

Les premières lignes structurent la défense et l’offensive…


La « première ligne » tient les points de blocages. Ce sont majoritairement de jeunes manifestants et manifestantes équipés de boucliers fabriqués avec des barils en tôle et diverses protections de fortune, qui affrontent avec courage et détermination les escadrons anti-émeute. Cette première ligne de défense est mobile et fonctionne avec la seconde, une ligne «offensive», qui envoie des projectiles, et une troisième qui apporte du matériel et s’efforce de neutraliser les lacrymos. Ensemble, ces trois lignes constituent une forme de «front de lutte» qui a certains moments, a pu avancer et prendre des zones entières.
Face à la répression féroce, qui s’intensifie la nuit, certains points de résistance parviennent à tenir, d’autres se retirent et reprennent les blocages la journée.
A côté de cette forme « bloc contre bloc » issue des premières offensives et de la nécessités de défendre les zones prises contre la répression, des pratiques plus diffuses et mobiles continuent de se développer (y compris plus loin des concentrations policières) pour ne pas focaliser toute l’attention sur les seules forces de l’ordre, mais plutôt sur ce qu’elles protègent, en multipliant pillages, saccages et incendies de banques, véhicules de l’État ou bâtiments institutionnels : commissariats, tribunaux, mairies ou encore les centres de registres qui contiennent l’ensemble des archives d’état civil et des registres de propriété privée.
Les blocages ont réussi à stopper le commerce (la production et la consommation) dans de nombreuses villes, mais ils ont un double rôle : ces points sont aussi le lieu où les gens se rassemblent et s’organisent. L’organisation horizontale du mouvement est significative : des assemblées populaires ont vu le jour pour prendre les décisions. Les gens n’ont plus confiance en l’État et préfèrent la lutte auto-organisée.


A l’arrière, on se constitue aussi en ligne pour organiser la solidarité


Se proclamant «quatrième ligne», une multitude de petits hopitaux d’urgence ont émergé notamment pour pouvoir extraire les balles des blessés. Ainsi des médecins, des chirurgiens, des infirmiers prennent part à la lutte en soignant les blessés et en partageant leurs connaissances.
Une «cinquième ligne» nourrit la lutte gràce à des cuisines collectives qui offrent des repas quotidiens avec les provisions fournies par d’autres participants, qui alimentent la lutte avec des dons de nourritures, de vêtements, de matériel médical…
Nous avons assisté à une agitation collective généralisée. Ce mouvement a montré que prendre en charge les besoins de base, la nourriture, le soin, est fondamental pour permettre de continuer à lutter et intégrer toujours plus de monde. L’élargissement du mouvement, son extension dans les différentes lignes, le renforce.

Et aujourd’hui?


Peu à peu, de ce que nous avons pu en voir, le mouvement est retombé. Comment et surtout pourquoi meurent les mouvements? Vaste question. Une chose est claire, cette secousse n’est pas la dernière. En Colombie, il y en a déjà eu trois en deux ans. A quand la prochaine?

[1]. L’histoire du pays et de ce mouvement est intéressante et complexe ; par soucis d’espace, nous allons nous concentrer sur certains des aspects les plus intéressants, notamment l’organisation du mouvement. Si vous souhaitez approfondir la question, nous vous conseillons le site de tridnivalka, mais aussi celui de camaraderevolution.org ou une brochure de compilation de textes sur le mouvement en Colombie est disponible.