Dans une société ou la police est la réponse à toutes les questions, va-t-on aussi appeler la police pour faire la révolution?

Dans les manifs, on entend à nouveau « la police avec nous ». Plus personne ne criait cela dans les manifs GJ : les exactions du maintien de l’ordre ont marqué le mouvement dans sa chair. Mais on aurait tort de réduire le retour de ce slogan à un rite de passage pour les « nouveaux »… jusqu’à ce qu’ils se mangent assez de gaz pour “détester la police”. Prenons au sérieux la proposition politique de ce slogan, pour mieux la critiquer.

Ce que ce slogan ne dit pas

Dissipons une ambiguïté : ce slogan n’est pas un appel à ce que les policiers démissionnent, sortent des rangs, cessent d’être des flics.
Oui, si nous voulons la victoire d’un mouvement révolutionnaire, la démobilisation des forces de répression est souhaitable. Mais alors ce n’est pas « la police » qui sera avec nous, mais d’anciens policiers. La police, elle, est une institution. Appeler « la Police », a se joindre au mouvement c’est donc tout autre chose que d’appeler les flics à démissionner.

Ce que ce slogan dit

Si les forces répressives, (ce qui inclut aussi l’armée), entrent dans un mouvement comme groupe constitué, avec une hiérarchie, des armes… ce n’est pas pour enfiler des perles. C’est pour en prendre la direction. Voilà ce à quoi ce slogan appelle. C’est une impasse dans laquelle sont tombées les révolutions en Égypte ou en Tunisie, dans les années 2010. L’armée a pris la tête du mouvement… et l’a conservé.
Les fractions politiques qui relaient ce slogan ont ce programme en tête : un changement de régime, orchestré par la police et l’armée. Certains appellent même à un coup d’état policier ou militaire.

Deux orientations s’affrontent

Celle décrite plus haut entend subordonner nos luttes à sa prise du pouvoir d’État. Elle a beau crier « Liberté », c’est au main de la police qu’elle propose de confier nos mouvements.
Nous défendons une autre orientation, révolutionnaire, intégrale, alimentée d’un constat : hier comme aujourd’hui, nos mouvements sont trahis par ceux qui prétendent prendre l’État en notre nom, qui volent nos luttes pour les monnayer contre du pouvoir.
Mais alors, comment agir sur le monde ? Et bien s’organiser par nous mêmes, se réunir en collectif, assemblées, comité d’actions, prendre les terres, les moyens de produire et tout changer. Pour cela il nous faudra mettre en échec l’État… et sa police !

Un ami dessinateur (@jeremie.gallegos sur instgram) qui a déjà participé aux précédents numéros a décliné toute une série de petits dessins sur ce thême de « la police avec nous » que vous trouverez tout au long de ce numéro #5 du SEUM. Aussi on les reproduit ci-dessous :