En France, on aime commémorer. Que ce soit le bicentenaire d’une grande Révolution destiné à enterrer l’idée même de révolution ou une guerre de 1914/1918 qui apparaît désormais comme exotique car trop lointaine et irréelle (comme un jeu vidéo, quoi). Même s’il y a les sujets encore problématiques comme la guerre d’Algérie. Et on vous cause même pas de l’Indochine. En ces 150 ans de la Commune de Paris, il semble que cette révolution assassinée soit à la fois source de folklore pour la gauche et d’embarras pour l’État. Par delà les clichés des barricades, des pelotons d’exécution et de sainte Louise Michel, il est naturel qu’un événement regroupant tant de tendances donne à chacun « sa » propre Commune. Mais faut-il rappeler que ce sont parfois les mêmes qui adulent Jules Ferry, Gambetta, voire Clémenceau, qui viennent aujourd’hui verser une larme de crocodile sur le mur des Fédérés ? Que c’est bien la République qui écrasa la Sociale avec tout son savoir-faire et se fonda sur une montagne de cadavres ? Et que dire d’une mairie de Paris qui tient son premier acte de souvenir sous le Sacré-Cœur, édifié pour expier les péchés de la révolte ? En d’autres temps on aurait hurlé à la provocation.

D’autres ont affirmé, non sans quelque raison, que la Commune fut la plus grande fête du 19ème siècle. Pas comme une prolo pride dont les sonos cracheraient le Temps des cerises, mais comme une joyeuse réappropriation du temps (de travail), de l’espace (les faubourgs reprenant la ville) et de l’autorité (plus de chefs, de flics, de curés et d’armée) par un populo habituellement traité comme une bête de somme. Mais on ne peut réduire les fédérés à un carnaval de prolétaires. C’est oublier la richesse des débats, des oppositions, des polémiques qui annoncent toutes celles qui viendront ensuite. Et qui prouvent que si certains historiens osent affirmer que la Commune fut la fin du cycle des révoltes du 19ème, nous préférons y voir le premier acte de bien d’autres qui vont venir dans le monde entier. Au passage, réglons le compte aux nationalistes qui y voient une réaction patriotique. Avec ses volontaires italiens, polonais, hongrois, etc. la Commune fut avant tout celle d’une classe qui s’adressait au Monde. Et qui fut comprise ainsi du Mexique à la Russie. Ce n’est pas pour rien qu’elle accoucha de la chanson l’Internationale. À part un artificiel « devoir de mémoire » qui sent sa charogne officielle, il semble bien plus utile de se pencher sur ce que fut la Commune, quitte à y voir ses limites, ses contradictions et ses faiblesses. Pas pour rejouer une pièce dont on connaît la fin ou pour distribuer des bons ou mauvais points mais pour y puiser ce qui peut encore et toujours servir. Car des gilets jaunes au Chili, de la Syrie à Hong Kong, les héritiers des fusilleurs versaillais ont parfaitement tiré les leçons de la mémoire. Et ils le prouvent tous les jours.

Une autre leçon est certainement qu’une révolution localisée, enfermée dans un seul lieu est forcément étouffée. Tirez-en vos propres conclusions, et bon anniversaire !